9. Epargne retraite profession libérale

En bref

Comment mesurer et optimiser son épargne retraite ? INTERFIMO vous propose une démarche rationnelle pour préparer votre retraite et un comparatif des enveloppes fiscales à même de recueillir votre épargne.


Combien épargner pour compléter sa retraite ?

Pour répondre à cette question, la première étape consiste à imaginer son train de vie futur après 65 ans.

Des postes de dépenses auront disparu (notamment ceux ayant trait aux enfants), des besoins nouveaux apparaîtront (loisirs, voyages…), des arbitrages seront envisageables (changement de résidence principale), la fiscalité changera (perte de parts fiscales), etc.

Ce travail d’introspection, de projection et d’anticipation n’est pas facile, mais il est indispensable pour mesurer l’écart entre le train de vie prévisionnel (après impôts) et les prestations à attendre de sa caisse de retraite –laquelle publie régulièrement des simulations d’après des carrières type, ou procède à des projections personnalisées à la demande.

Les revenus complémentaires issus d’une épargne retraite peuvent prendre la forme de loyers, de dividendes, d’intérêts d’obligations, de plus-values, d’arrérages, ou de produits d’assurance vie ou de contrats de capitalisation.

Mais dans tous les cas ces revenus ont comme source un capital initial qu’il s’agit d’évaluer, sans confondre capital retraite et patrimoine.

Contrairement au patrimoine auquel sont attachées des valeurs de pérennité et de transmission, un capital retraite et les intérêts qu’il produira sont destinés à être consommés durant la retraite –au même titre d’ailleurs qu’est consommé un régime de répartition (il n’en reste rien après le décès des bénéficiaires).

C’est donc à partir d’un calcul de viager financier que sera évalué ce capital, sur la base de la rente contractuelle que proposerait une compagnie d’assurance en aliénant le capital –que cette transformation en rente soit obligatoire (comme dans le cas d’un produit Madelin ou d’un Plan d'Epargne Retraite Populaire - PERP) ou optionnelle (pour d’autres types de placement tels que les PEA, Assurance Vie, PERCO…).

Ces calculs reposent toujours sur une durée de vie théorique à un âge donné, résultant d’une table officielle de mortalité, et sur un taux contractuel.

Lorsqu'une réversion est prévue en faveur d'un conjoint, son espérance de vie statistique entre également dans le calcul.

En outre, la compagnie d’assurance revalorisera la rente en fonction des performances de ses propres placements ; mais mieux vaut considérer que cette revalorisation aura le caractère d’un bonus sur les revenus si elle devait « battre l’inflation », et ne pas en tenir compte pour l’évaluation du capital retraite.

On peut ainsi se fixer un objectif rationnel du capital à consommer durant sa retraite.

Le niveau d’épargne annuelle qui permettra d’atteindre cet objectif dépendra alors du nombre d’années d’activité et de la performance des placements durant ces années d’activité.

Il est donc bien évident que plus le professionnel libéral s’engagera tôt dans ce processus d’épargne, plus son effort sera léger.

Quant aux performances financières, les spécialistes estiment que, sur des périodes longues, il est raisonnable de valoriser une épargne harmonieusement placée à un taux annuel de l’ordre de 2 % hors inflation.

La valeur vénale du cabinet ou des parts sociales, qui contribuait jadis largement à la constitution de ce capital retraite, est devenue particulièrement difficile à anticiper : le temps n’est plus où le droit de présentation du médecin, du chirurgien-dentiste ou du vétérinaire valait grosso modo une demi-annuité d’honoraires.

Chacun devra, en fonction d’éléments de marché qui sont connus (démographie, évolution des métiers…) se faire sa propre idée du prix de cession prévisionnel de ses actifs, mais il est souvent préférable d’en faire abstraction et de privilégier une épargne régulière.

Sur quels marchés investir ?

Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler une évidence : la préoccupation prioritaire d’un épargnant est d’abord de savoir où est investi son argent ; les opportunités fiscales sont certes importantes, mais elles ne doivent jamais occulter l’essentiel : la performance financière du placement, surtout sur les durées longues qui sont celles de l’épargne retraite.

Investir rationnellement son épargne suppose d'abord de s'interroger sur les « marchés primaires » disponibles.

Ils sont au nombre de quatre : l'immobilier, les actions, les obligations et les produits monétaires.

Il existe bien d'autres marchés d'actifs (l'art, les métaux précieux, les matières premières…), mais seuls ces quatre-là répondent aux exigences de sécurité et de liquidité d'une épargne retraite.

L’immobilier

L'immobilier d’habitation, de loisirs ou professionnel, est sans doute le marché le moins approprié : le risque locatif devient exorbitant, lorsque c'est le train de vie même du propriétaire qui est dépendant de la stabilité ou de la solvabilité d'un locataire.

Bon nombre d'anciens libéraux, qui comptaient sur la location de leurs murs professionnels à des successeurs, s'en aperçoivent à leurs dépens lorsque ceux-ci leur donnent congés ; d'autant qu'il est souvent difficile de relouer des locaux lorsqu’ils sont spécifiques à une activité professionnelle.

L'immobilier est avant tout un actif patrimonial, bien plus qu'un support d'épargne retraite.

Les actions

L'acquisition d'actions cotées en Bourse des grandes entreprises françaises et étrangères permet d'acheter directement la « valeur » produite par les actifs ; c'est le circuit le plus court pour profiter de la croissance économique qui, seule, peut corriger les déséquilibres démographiques des systèmes de retraite.

Certes, les marchés d'actions fluctuent selon les périodes, les secteurs économiques ou géographiques, et la crise financière encore récente illustre cruellement cette réalité ; mais ces variations sont moins pénalisantes pour celui qui a du temps devant lui et qui investit de manière régulière et diversifiée : un marché en baisse crée l'opportunité d'acquérir plus d'actions pour la même quantité d'épargne.

Il est néanmoins impératif de diversifier ses investissements par secteurs économiques et géographiques –quitte à privilégier temporairement tel ou tel marché en fonction de données macro-économiques.

Mais une diversification systématique requiert des capitaux importants, des informations et une grande disponibilité ; en pratique, pour la plupart des professionnels libéraux, seules les formules d'investissement collectives (SICAV et Fonds Communs de Placement gérés par des spécialistes) permettent d'accéder aux marchés d'actions avec un niveau de performance et de sécurité satisfaisant.

Les obligations et les produits monétaires

Les obligations sont des créances à moyen ou long terme sur des entreprises, des collectivités publiques ou des Etats. Elles présentent un risque atténué, mais néanmoins réel, de perte en capital : en cas de hausse des taux, la créance ou « l’obligation » que l’on détient à un taux devenu inférieur à celui du marché, perd une partie de sa valeur intrinsèque.

Les produits monétaires, en revanche, grâce à leurs échéances très courtes, ne présentent pratiquement pas de risque en capital, mais leur rendement est généralement inférieur à celui des obligations.

Le marché des obligations, et a fortiori celui des produits monétaires, sont donc potentiellement moins performants que les actions, mais leur sagesse répond au besoin croissant de sécurité et de liquidité de l'épargne, à mesure que le professionnel libéral approche de sa retraite.

Il ne s'agit pas de s'exposer à un retournement de marché au moment même où il faudra mobiliser ses capitaux.

Comment investir ?

Une bonne stratégie d'investissement doit intégrer trois paramètres, validés par des dizaines d'années d'observation :

  • Historiquement, à l’exception de la dernière décennie, le marché des actions est le plus performant sur des durées longues, devant les obligations et les produits monétaires ;
  • plus la performance d'un marché est élevée, plus son niveau de risque l'est également ;
  • plus l'objectif de performance recherchée est important, plus il faudra accepter un niveau de risques élevé, et plus la durée d'investissement devra être longue pour atténuer ce risque.

A ces observations du comportement intrinsèque des marchés financiers, s'ajoutent deux données spécifiques à l'épargne retraite :

  • la durée d'investissement est précisément connue : c'est le nombre d'années qui séparent le professionnel libéral de l'âge de 65 ans, requis pour liquider son régime de répartition (les départ anticipés sont possibles, mais très pénalisants) ;
  • les investissements sont récurrents (versements mensuels ou trimestriels généralement), ce qui permet de profiter des périodes de baisse des marchés en achetant plus d'actifs avec le même versement, et ainsi de « lisser » le prix d'achat de ses titres.

Tout professionnel libéral peut aujourd'hui choisir un produit d'épargne retraite en fonction des marchés où seront investies ses économies : les actions lorsqu'il a du temps devant lui et une certaine appétence pour le risque, puis progressivement, les obligations et les produits monétaires.

Des cocktails avec des dosages variables d'actions, d'obligations… sont couramment proposés sous couvert de « gestions profilées » (dynamiques, équilibrées, prudentes, sécurisées…), voire de « gestions conseillées ».

Mais le marketing ne remplace pas le bon sens : il faut veiller à changer le dosage du cocktail à mesure que la retraite s'approche.

L’idéal, pour celui qui n'a ni le temps ni le goût d'opérer lui-même ces changements (ni l'envie d'en supporter les frais), est la gestion dite « à horizon », qui consiste à réunir dans un même fonds d'investissement des libéraux qui prendront leur retraite à peu près en même temps.

Le gérant du fonds fera alors varier progressivement ses actifs en fonction de cette échéance.

Quels produits et quelle fiscalité choisir ?

Les cadres financiers et fiscaux privilégiés pour recueillir l'épargne retraite sont : le dispositif prévu par la loi du 11 décembre 1994 dite Loi Madelin, le PERP et l'Assurance-vie stricto sensu (Madelin s'inscrivant aussi dans le cadre juridique général de l'assurance-vie).

Il faut y ajouter, avec certaines précautions d'emploi, les deux types de PEA (Plan d'Epargne en Actions) et les deux composants de l’épargne salariale : le Plan d'Epargne Entreprise (PEE) et le Plan d’Epargne pour la Retraite Collectif (PERCO).

Les caractéristiques de ces produits sont différentes et aucun ne présente tous les avantages qui en feraient la solution idéale.

En sorte que le professionnel libéral devra adopter l’un ou l’autre, parfois simultanément et dans des proportions évolutives, selon son cursus professionnel, son environnement familial et son patrimoine.

Le « Madelin » permet de déduire fiscalement, dans des limites confortables, les cotisations d'épargne ; en contrepartie la sortie ne peut s'opérer qu'en rente viagère imposable et soumise aux prélèvements sociaux.

Il convient donc de vérifier que l'imposition durant la retraite ne sera pas plus lourde que les économies d'impôts réalisées en phase d'épargne.

Il faut également admettre de ne pouvoir récupérer son épargne autrement que sous la forme d'une rente à partir de 65 ans (avec possibilité de réversion sur le conjoint) et de s'engager à verser des cotisations jusqu'à sa retraite ; cet engagement est peu contraignant, car les cotisations peuvent varier dans un rapport de 1 à 15.

Le Plan d’Epargne Retraite Populaire (PERP) a des caractéristiques fiscales proches de celles des produits Madelin, mais s’agissant d’un produit « grand public » assorti d’une garantie de restitution du capital, les investissements sont sécurisés et majoritairement orientés sur des obligations et des produits monétaires.

Les professionnels libéraux qui voudront optimiser et personnaliser le placement de leur épargne lui préfèreront les produits Madelin : ceux-ci présentent en effet une grande variété de supports, des plus dynamiques aux plus sécurisés.

La sortie du PERP se fait uniquement sous forme de rente viagère imposable et soumise aux prélèvements sociaux.

L'Assurance Vie ménage toute liberté durant la phase d'épargne et quant aux modalités de sortie (récupération du capital ou conversion en rente viagère) ; mais les versements ne sont pas déductibles.

En revanche, la rente viagère résultant d'une Assurance Vie ne sera que partiellement imposable selon l'âge du bénéficiaire (à hauteur de 40 % pour un bénéficiaire âgé de 60 à 69 ans par exemple) ; la récupération de l'épargne sous forme de rachats partiels programmés permet même de limiter ou de supprimer cette imposition (sans qu'il soit toutefois possible de garantir la pérennité de cette « niche » fiscale).

L’assurance vie permet aussi au professionnel libéral de désigner librement, et pour l'essentiel sans droits de succession, les bénéficiaires de l'épargne accumulée en cas de décès prématuré.

Le Plan Epargne Actions (PEA), sous sa forme classique, ne permet que des investissements en actions européennes, directement ou sous couvert de SICAV ou Fonds Communs de Placement (dès lors que ceux-ci sont investis à 75 % au moins en actions) ; cela en fait un produit assez peu adapté à la sécurité requise en fin de carrière, mais lorsque les capitaux épargnés sur un PEA sont transformés en rente viagère, celle-ci sera exonérée d'impôt sur le revenu, ce qui est un avantage appréciable ; en revanche, une fraction de la rente, variable en fonction de l’âge du bénéficiaire, sera soumise aux prélèvements sociaux.

Depuis le 1er janvier 2014, le PEA PME-ETI a vu le jour. Limité à 75 000 € de versements (mais cumulable avec le PEA classique, dont le plafond de versements est désormais porté à 150 000 €), il permet d'investir dans des titres de petites et moyennes entreprises (PME/ETI).

Le fonctionnement de ce nouveau plan d'épargne en actions est calqué sur celui de son aîné : il permet d'investir dans les actions françaises ou européennes de petites et moyennes entreprises (PME) ou d’Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI), cotées ou non cotées en Bourse, en franchise d'impôt sur les plus-values tant qu'aucun retrait n'est effectué. En cas de retrait au-delà de 5 ans, les gains sont exonérés d'impôt mais pas de prélèvements sociaux.

Le Plan Epargne Entreprise (PEE) et le Plan d’Epargne Retraite Collectif (PERCO), supports de l'épargne salariale désormais ouverte au professionnel libéral pour autant qu’il la propose à ses salariés, peuvent s'avérer les meilleurs compromis entre défiscalisation (par le biais d’un abondement à la charge du cabinet), souplesse d'investissement et possibilité de sortie en capital.

En résumé, le bon choix entre la fiscalité différée des produits PERP et Madelin, l’exonération des rentes issues des PEA et partiellement de l’Assurance Vie, résulte de simulations personnalisées en fonction du nombre de parts et des revenus imposables, en activité, puis en retraite.

Quant à l’épargne salariale, elle est imbattable lorsque le professionnel libéral est en mesure de cantonner l’abondement qu’il devra verser à ses salariés ou, encore mieux, d’en profiter indirectement lorsque son salarié se trouve être son conjoint.

Caractéristiques principales des produits d’épargne retraite

Comment procéder par soi-même à un diagnostic retraite ?

Une démarche simple et rationnelle peut permettre à chacun d’évaluer son effort d’épargne et de personnaliser ses options financières et fiscales.

Estimer sa retraite par répartition

Estimer sa retraite par répartition

Les caisses de retraite fournissent des projections de plus en plus précises à mesure que l’on approche du terme de sa carrière.

Estimer son train de vie futur

Estimer son train de vie futur

Se donner des objectifs de train de vie en retraite, à partir de son niveau de dépenses du moment et des évolutions familiales et fiscales probables.

Estimer ses revenus complémentaires
en fonction de la retraite par répartition et du train de vie futur

Estimer ses revenus complémentaires

Par soustraction, évaluer le revenu viager que devra procurer son capital d’épargne retraite en fin de carrière, pour compléter le régime de répartition.

Calculer le capital d'épargne retraite

Calculer le capital d'épargne retraite

Après conversion de ces revenus viager en capital, en évaluer les composantes plausibles : placements divers, produit de la revente du cabinet… et, en complément, le capital retraite à constituer.

Calculer le niveau d'épargne requis pour réunir son capital

Calculer le niveau d'épargne requis pour réunir son capital

Convertir le capital à constituer en effort d’épargne durant les années à courir de la vie professionnelle, avec une hypothèse raisonnable de performance de cette épargne.

Choisir ses actifs

Choisir ses actifs

Définir le type d’actifs ou le cocktail sur lesquels investir, selon son horizon professionnels et son aversion au risque : actions, obligations, monétaires.

Sélectionner l'enveloppe fiscale ad'hoc

Sélectionner l'enveloppe fiscale ad'hoc

Choisir les enveloppes fiscales pour recueillir cette épargne selon sa situation personnelle et ses attentes.

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