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Trois questions à Sébastien Duizabo, directeur général de l’Institut National des Formations Notariales (INFN)

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Trois questions à Sébastien Duizabo, directeur général de l’Institut National des Formations Notariales (INFN)
Trois questions à Sébastien Duizabo, directeur général de l’Institut National des Formations Notariales (INFN)

Entrée en vigueur en 2025, la réforme du diplôme notarial vise à mieux préparer les futurs professionnels aux multiples dimensions de leur métier. L'occasion, pour OnLib'Infos, de s'entretenir avec Sébastien Duizabo, directeur général de l'Institut national des formations notariales (INFN), sur les grandes évolutions qui façonnent le notariat de demain.

Depuis 2025, les futurs notaires suivent un nouveau parcours de formation. Quels changements concrets la réforme apporte-t-elle et comment prépare-t-elle davantage les étudiants aux réalités du métier ?

Le notariat rassemble aujourd'hui 17 500 notaires et de 55 000 collaborateurs. La réforme du diplôme d’accès à la profession illustre l’une de ses particularités : proposer une formation professionnelle à la fois réglementée et profondément ancrée dans le monde universitaire. Il n'existe plus aujourd’hui qu'un seul diplôme, le Diplôme d'études supérieures notariales (DESN), entré en vigueur en janvier 2025 et porté conjointement par les universités et par l'Institut national des formations notariales (INFN). À l'issue de ce parcours, les étudiants obtiennent un diplôme de niveau bac +8.

La formation est désormais structurée autour de trois grandes périodes. La première autour du notaire officier ministériel, intègre la déontologie, l’éthique et les enjeux soulevés par l'intelligence artificielle. La deuxième autour du notaire expert juridique, avec trois modules fondamentaux, le droit de la famille, l'immobilier et le droit des sociétés. La troisième période, dédiée au notaire chef d’entreprise et manager, constitue la grande nouveauté de cette réforme. Nous y avons introduit des enseignements sur les aspects fiscaux et comptable, les ressources humaines ou encore la communication afin de mieux préparer les futurs professionnels au pilotage et à la gestion d'une étude notariale.

L'objectif est de former des professionnels capables d'exercer des responsabilités variées. Une fois diplômés, les jeunes notaires pourront intégrer une étude en tant que notaires salariés, devenir associés ou s'installer eux-mêmes. En d'autres termes, nous ne formons plus uniquement des experts du droit : nous formons des officiers publics, des experts juridiques et des chefs d'entreprise.

Dans un contexte économique incertain et face aux évolutions technologiques, à quoi ressemblera le métier de notaire demain ?

Le notariat demeure étroitement lié à la conjoncture immobilière. Dans de nombreux offices, les activités liées à l'immobilier représentent plus de la moitié du chiffre d'affaires, ce qui rend la profession particulièrement sensible aux fluctuations du marché. Cette réalité explique l'importance stratégique du développement d'activités complémentaires, notamment en droit de la famille, en ingénierie patrimoniale et en accompagnement des entreprises. La récente crise du secteur a eu des conséquences directes : le nombre de transactions a chuté de 30 à 35 % et certains domaines d'activité, comme les programmes immobiliers neufs, ont particulièrement souffert. Cette situation oblige la profession à faire évoluer son modèle. Les notaires vont être conduits à développer davantage des activités concurrentielles et diversifier leurs sources de revenus. Je pense notamment à la négociation immobilière, mais aussi au conseil et à la gestion de patrimoine afin de proposer des solutions de placement adaptées aux besoins des clients. Pour certains professionnels, ce sont encore des métiers relativement nouveaux.

Les futurs notaires devront donc développer des compétences qui dépassent largement l'expertise juridique. Ils devront être capables de piloter une activité, d'accompagner des projets patrimoniaux complexes, de manager des équipes et de s'adapter à des contextes économiques plus fluctuants, tout en répondant plus efficacement aux attentes d’une clientèle exigeante. L'intelligence artificielle va évidemment prendre une place croissante. Elle pourra notamment aider à vérifier la complétude des dossiers ou la cohérence des nombreuses pièces à réunir dans le cadre des actes. Mais elle ne remplacera pas le cœur du métier. Le notaire restera avant tout un tiers de confiance qui sécurise les opérations et apporte un conseil humain indispensable et attendu.Q

Qu'est-ce qui attire aujourd'hui les nouvelles générations vers le notariat et comment la profession continue-t-elle de se renouveler ?

Le métier du notariat présente des atouts forts. C’est tout d’abord un métier de proximité, proche des citoyens, y compris sur les territoires moins accessibles. Tel un médecin de famille, il accompagne des personnes très différentes, les écoute, les conseille et les accompagne dans des étapes fondamentales de leur vie. Les notaires ont, par ailleurs, la particularité de s'engager fortement au service de leur profession, au travers des instances locales, départementales, régionales ou nationales, mais aussi dans des missions de transmission et d'enseignement. C’est aussi une profession très encadrée dans laquelle l'éthique occupe une place centrale. Sa singularité repose sur l'acte authentique, qui constitue à la fois sa force, sa responsabilité et la raison d'être de cette mission de service public. C'est ce qui fait, aujourd'hui encore, tout l'intérêt et toute la modernité de ce métier.

L'une des grandes évolutions est l'ouverture sociale de la profession. Aujourd'hui, seuls 6 % des étudiants ont un parent travaillant ou ayant travaillé dans le notariat (selon une étude IFOP menée pour le CSN en 2025). L'image du « notaire de père en fils » ne correspond plus à la réalité. La profession s'est considérablement diversifiée et l'on pourrait presque dire qu'elle est devenue « de mère en fille » : 55 % des notaires sont désormais des femmes (+192,7 % de femmes notaires en 10 ans selon l’étude IFOP précitée) et près de 80 % des étudiants sont des étudiantes. Cette féminisation amène les études à repenser progressivement leurs modes d'organisation et les modalités d'association afin de concilier au mieux engagement professionnel et équilibre de vie personnelle.

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