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Notaire, qui es-tu ?

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Notaire, qui es-tu ?
Notaire, qui es-tu ?

La profession de notaire traîne derrière elle nombre d’idées reçues qui nuisent à son attractivité, notamment auprès des jeunes. Qui est le notaire d’aujourd’hui par rapport à hier et que sera-t-il demain ? Me Alexia Arno, président et fondatrice du LAB NOTAIRE nous partage ses ambitions parties d’un objectif bien précis : montrer que le notaire a bien un temps d’avance. 

LAB NOTAIRE a été lancé au mois d’octobre 2021. Avec quel principal objectif ?

L’objectif du LAB est de permettre à tous les diplômés notaires, qu’ils soient associés, salariés ou collaborateurs, de s’unir et de travailler ensemble au service de l’innovation. Le LAB est une association loi 1901 nationale. Elle donne la possibilité aux membres créatifs de la profession d’avoir une structure qui les accompagne et les soutient dans leurs projets qui tendent à un développement positif de la profession. Au cours de ces deux années, notre approche scientifique concerne les domaines de l’écologie et du numérique.
Aussi, nous agissons sur le plan social en vue de participer à une démocratisation du métier de notaire auprès du grand public. Le notaire subit une image qui est en désaccord avec la réalité du métier. Nous voulons lui rendre justice. Susciter des vocations, sensibiliser les plus jeunes au métier de notaire, accompagner les étudiants en droit dans leur choix de carrière professionnelle : tout ceci pourrait participer à rendre le notariat davantage représentatif de la société. La promotion de la diversité dans la profession est selon nous un enjeu réel de modernisation.

Quels sont les sujets prioritaires du LAB pour 2022 et comment travaillez-vous ?

L’année dernière nous nous sommes réunis, avons réfléchi, choisi les projets que nous souhaiterions mener. Cette année nous voulons agir et développer concrètement certaines de nos innovations (plateforme patrimoniale, cartographie intelligente des notaires créateurs, réalisation d’un mooc sur l’innovation).
Chaque membre du LAB est ambassadeur de nos valeurs et s'engage à beta-tester les innovations que nous développons en notre sein. Le beta-testing permet aux utilisateurs de participer au développement de la solution en apportant leur retour d’expérience. Notre objectif étant que la solution colle au plus près des besoins des membres de la profession et soit en accord avec les valeurs du notariat.
Nous espérons y parvenir grâce aux conseils de notre comité scientifique qui porte un regard bienveillant sur nos travaux. Il est composé d’un ancien président du Conseil Supérieur du Notariat (Me Pierre-Luc Vogel), d’un ancien président de congrès (Me Damien Brac de La Perrière) et du directeur de l’Institut National de Formation des Notaires (Monsieur le Professeur Mustapha Mekki).

En quoi vos initiatives constituent-elles un nouveau véhicule d’influence pour la profession ?

Le LAB a vocation à promouvoir l’unité dans la profession, alors, si nous agissons main dans la main avec les instances et l’ordre de la profession, nous sommes pourvus d’une liberté de penser et d’agir plus large et nous pouvons nous émanciper de certaines contraintes politiques ou historiques. Nous réfléchissons à partir d’une feuille blanche sur les éléments nouveaux dont la société et les membres de la profession auront besoin demain. 
Le collectif de diplômés notaires est tout à fait innovant et constitue un réel changement au regard d’autres associations de la profession. En partant du principe que les innovations de la profession concernent tant le notaire qui rédige, que celui qui reçoit, ou celui qui constitue, nous avions besoin du rassemblement de l’ensemble des diplômés (notaire chef d’entreprise, salarié ou collaborateur). Ces échanges intergénérationnels sont essentiels et nous permettent de guider l’innovation toujours dans une préoccupation d’unité. Car l’innovation ne doit pas venir « bouleverser » mais être pérenne dans la durée, il faut donc que chacun puisse se l’approprier.

Notaires/avocats, notaires/experts-comptables : le rapprochement des compétences et l’instauration de synergies entre ces professions est-il le modèle d’avenir ?

L’interprofessionnalité est un sujet passionnant pour des membres d’une profession qui tâtonne sur l’idée qu’elle s'en fait. Nous avons peu de témoignages à ce sujet, peu de directives, peu de conseils. Nos confrères avocats ou experts-comptables ont bien moins de difficultés à traiter ce sujet car le notaire est un personnage hybride (à la fois officier public et chef d’entreprise). Nous organisons des conférences sur l’interprofessionnalité pour nous comparer, nous regarder, voir comment nous pourrions collaborer en s’inspirant du meilleur de chaque profession. De prime abord, l’interprofessionnalité est intéressante pour chacune de nos professions car elle permet de proposer aux clients un panel de service plus complet et offre aux professionnels des apports de clientèles non négligeables. Mais il ne faut bien évidemment pas se suffire de ces avantages pour se lancer, l’interprofessionnalité est un réel choix d’entreprise et beaucoup d’autres éléments entre en jeu. C’est d’ailleurs ce qui rend ce sujet si intéressant. La curiosité est un des prérequis du LAB car elle est indispensable au progrès.

Quel est, selon vous, l’enjeu majeur pour le notariat dans les 5 prochaines années ?

L’enjeu est de s’ouvrir aux autres professions, aux différents acteurs, aux idées nouvelles. Un notariat à l’écoute, qui réagit aux besoins de la société et des membres de la profession, rapidement. Être à l’initiative et montrer que le notaire peut avoir un temps d’avance. Aussi, le notariat doit se saisir des considérations environnementales et sensibiliser les membres de la profession aux bonnes pratiques. Nous travaillons d’ailleurs à la mise en place d’une « charte » sur l’écologie avec des valeurs que les études peuvent s’engager à respecter. Pour leur permettre de réaliser les objectifs, nous leur proposerons les contacts directs de certains acteurs éco responsables sélectionnés par les membres du LAB.

Pour la troisième fois depuis l’entrée en vigueur de la loi « Macron », un tirage au sort, effectué le 13 janvier 2022, va conduire en mars à la nomination de 250 nouveaux notaires. Que pensez-vous de cette ouverture de la profession depuis 2016 ?

Je pense que la concurrence est saine, qu’elle permet de se remettre en cause et d’inciter les membres de la profession à s’améliorer (tant dans leur capacité à manager leurs équipes que dans la relation client). Le monopole n’est jamais bon et il peut être un danger pour la profession toute entière. La loi « Macron » nous a aidé à remettre en question les acquis historiques d’une profession pour laquelle il n’est pas toujours aisé d’évoluer.
Pour rappel, avant l’entrée en vigueur de la loi croissance, le notaire pouvait s’associer par deux biais, soit en rachetant des parts (ou en succédant à un parent), soit en passant un concours de créations d’office. Ceux qui n’avaient pas le réseau ou les finances devaient candidater à un concours difficile (après déjà 8 ans d’études pour obtenir le diplôme) pour, non pas devenir notaire, mais devenir notaire chef d’entreprise.
Si, pour beaucoup, l’horodatage* ne paraît pas être la solution la plus idéale, il n’en est pas moins qu’elle est plus équitable. Le notaire n’est pas notaire par son statut de chef d’entreprise mais il l’est par l’obtention de son diplôme et de sa nomination par le garde des sceaux. L’horodatage ne vient donc pas remettre en cause la compétence du notaire et ne dévalorise pas son statut, il établit une égalité des chances des diplômés notaires à s’installer.

* Aux termes de l’article 52 de la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, les candidats notaires au tirage au sort doivent postuler par voie numérique et sont départagés par horodatage (enregistrement de la date et de l’heure du dépôt de candidature).

Quels effets constatez-vous sur la profession ?

Des témoignages que nous avons eus, il apparaît que la première vague de notaires créateurs était largement constituée de notaires ou collaborateurs « en réaction ». En réaction à un notariat qu’ils ne jugeaient pas assez juste, pas assez rétribué, pas assez reconnu. Beaucoup se sont installés parce qu’ils ont eu la possibilité de le faire et parce ce qu’ils ne bénéficiaient pas d’un bonheur au travail suffisant pour renoncer à l’indépendance que leur apporterait la création d’office. Beaucoup ont témoigné ne pas avoir imaginé la difficulté de partir de zéro, et qu’il fallait être un peu naïf pour se lancer dans une telle aventure. Après tant de labeur, l’étude devient leur « bébé » et rend complexe tout projet d’association.
Aujourd’hui, nous constatons que les créateurs 2022 horodatent davantage parce qu’ils ont la réelle volonté de devenir chefs d’entreprise. Ils ont conscience des avantages du statut du salariat et ont un certain recul sur les difficultés de la création. Les associations, multioffice, création d’annexes devraient donc se multiplier.

Qu’en est-il du renouvellement de la profession aujourd’hui ? Et comment travaillez-vous sur la question de l’attractivité du métier ?

Je crois que nous pouvons le dire ici, le notariat n’est pas sexy. En dehors des familles de notaire, il y a peu de jeunes qui ont la vocation pour la profession, très peu qui s’intéressent à ses missions. Des préjugés, nous en subissons un certain nombre, notamment parce que le notariat est peu représentatif de la société.
Nous avons notre responsabilité en tant que jeunes diplômés notaires, car le notariat de demain est le nôtre.
Avec le LAB nous prévoyons d’agir :

  • auprès des enfants des écoles primaires en publiant un livre pour enfants dans lequel le notaire est le personnage central,
  • auprès des collégiens/lycéens en intervenant dans leur classe pour leur présenter de manière ludique les missions que nous avons,
  • auprès des étudiants via la plateforme myjobglasses qui aide les étudiants à obtenir des témoignages de professionnels en vue de leur permettre de faire leurs choix professionnels.

Nous sommes en 2030. À quoi ressemble la profession de notaire ?

En dehors du beau spectacle que serait la présence d’un notaire hologramme, j’imagine un notaire à la pointe de la technologie qui se saisit des enjeux des cryptomonnaies et de leurs transmissions, qui traite de la mort numérique autant qu’il liquide des patrimoines corporels. Un notaire qui ne se ressemble pas d’une rue à une autre, qui assume ses différences et auprès duquel la population se sent proche. Un notaire dont le quotidien fait rêver les jeunes générations, non parce qu’il éteint un feu ou soigne un animal de compagnie mais parce qu’il participe à la paix sociale et qu’il est juste.

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